CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE et TRAUMATOLOGIQUE - MONTPELLIER
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Canal carpien ou nerf ulnaire : comment faire la différence ?
Deux compressions nerveuses distinctes provoquent des fourmillements de la main, et on les confond souvent. Le syndrome du canal carpien comprime le nerf médian. La compression du nerf ulnaire au canal de Guyon touche un autre nerf, dans un autre tunnel du même poignet. Cette page donne les repères qui les distinguent : quels doigts sont concernés, quels autres signes orientent, ce que l'électroneuromyogramme apporte, et ce que le diagnostic change pour le traitement.
Deux nerfs, deux tunnels
Le canal carpien est un tunnel ostéo-fibreux situé à la face antérieure du poignet, délimité en arrière par les os du carpe et en avant par le ligament annulaire du carpe. Il contient neuf tendons fléchisseurs et le nerf médian.
Le canal de Guyon est un autre tunnel ostéo-fibreux, situé au bord interne du poignet, entre l'os pisiforme et l'hamulus de l'hamatum. Il contient le nerf ulnaire, accompagné de l'artère ulnaire.
Ce sont donc deux nerfs différents, dans deux tunnels différents, à quelques centimètres l'un de l'autre. Leur compression ne donne pas les mêmes symptômes, et ne se traite pas de la même façon.
Le repère le plus simple : quels doigts fourmillent
Chaque nerf a son territoire, et c'est le premier élément d'orientation.
- Nerf médian (canal carpien) : pouce, index, majeur et une partie de l'annulaire. Il commande aussi les muscles du pouce indispensables à la pince pouce-index.
- Nerf ulnaire (canal de Guyon) : annulaire et auriculaire. Il commande les muscles interosseux de la main.
Le petit doigt n'est pas dans le canal carpien
C'est une confusion fréquente en consultation. L'auriculaire n'est pas innervé par le nerf médian : il dépend du nerf ulnaire. Des fourmillements limités au petit doigt, ou au petit doigt et à l'annulaire, n'orientent donc pas vers un syndrome du canal carpien.
Reste alors une seconde question, qui n'est pas secondaire : le nerf ulnaire est-il comprimé au poignet ou au coude ?
Nerf ulnaire : au poignet ou au coude ?
Le nerf ulnaire peut être comprimé à deux niveaux. Au poignet, dans le canal de Guyon. Au coude, dans la gouttière épitrochléo-olécranienne — la compression du nerf ulnaire au coude, beaucoup plus fréquente.
Les symptômes se ressemblent puisqu'ils concernent les mêmes doigts. Mais la chirurgie n'est pas la même : neurolyse ou transposition au coude, ouverture du canal au poignet. Cette localisation précise est essentielle avant toute décision opératoire.
Les autres signes qui orientent
Au-delà des doigts concernés, la façon dont les symptômes se manifestent diffère.
En faveur du canal carpien : fourmillements et engourdissements nocturnes qui réveillent et obligent à secouer la main ; douleurs de la main pouvant irradier dans l'avant-bras jusqu'au coude ; maladresse avec lâchage d'objets, difficulté à ouvrir les bouchons ou à tourner une clé ; perte de sensibilité de la pulpe des doigts dans les formes évoluées ; fonte musculaire du pouce dans les formes sévères et anciennes. Certaines activités réactivent les symptômes dans la journée : téléphoner, tricoter, conduire, bricoler. L'atteinte est bilatérale dans la majorité des cas, à des stades de gravité différents.
En faveur d'une compression du nerf ulnaire au poignet : fourmillements des deux derniers doigts survenant la nuit ou au réveil ; douleurs du bord interne de la main pouvant irradier dans l'avant-bras ; maladresse et perte de force dans les mouvements fins ; difficulté à écarter les doigts ; dans les formes évoluées, amyotrophie des muscles interosseux avec un aplatissement visible des espaces entre les métacarpiens sur le dos de la main. La gêne fonctionnelle y est plus marquée que pour le canal carpien.
L'électroneuromyogramme tranche
L'examen clinique oriente, l'ENMG confirme. C'est l'examen de référence dans les deux situations : il confirme la compression, en localise précisément le siège sur chaque nerf et en quantifie la sévérité en mesurant le ralentissement de la conduction nerveuse.
C'est lui qui distingue une atteinte du nerf médian d'une atteinte du nerf ulnaire, et, pour le nerf ulnaire, une compression au poignet d'une compression au coude. Il recherche également les lésions nerveuses associées. Pour le canal de Guyon, des examens d'imagerie peuvent s'y ajouter selon le contexte : radiographie à la recherche d'une fracture, échographie ou IRM à la recherche d'un kyste synovial ou d'une thrombose artérielle.
Les deux peuvent coexister
Un patient peut présenter simultanément un syndrome du canal carpien et une compression du nerf ulnaire. C'est notamment le cas lorsqu'il existe une pathologie générale favorisante comme un diabète ou une hypothyroïdie, qui fragilise plusieurs nerfs à la fois.
C'est l'une des raisons pour lesquelles l'ENMG ne se limite pas à confirmer la compression suspectée : il explore aussi les autres nerfs. Lorsque les deux atteintes sont présentes, chacune a son indication propre et son geste propre. La stratégie est discutée en consultation, en fonction de la sévérité de chaque compression et du retentissement sur votre quotidien.
Ce que le diagnostic change pour le traitement
Canal carpien. Orthèse nocturne dans les formes débutantes et modérées, puis infiltration de cortisone, proposée en première intention dans toutes les formes sauf les plus graves. En cas d'échec ou de forme sévère d'emblée, la chirurgie consiste à sectionner le ligament annulaire du carpe. Deux techniques aux résultats comparables : conventionnelle par incision de 2 à 3 cm dans la paume, ou endoscopique par incision d'un centimètre au poignet. Durée habituelle : 15 à 30 minutes.
Canal de Guyon. Aménagement des activités en évitant les appuis prolongés sur le talon de la main, orthèse nocturne thermoformée sur mesure, anti-inflammatoires, infiltration de cortisone dont l'effet est moins constant que pour le canal carpien. En cas d'échec ou de forme sévère, l'intervention ouvre le canal par une incision de 2 à 3 cm au bord interne du poignet et traite dans le même temps une éventuelle cause compressive. Durée habituelle : 20 à 30 minutes. Le geste est techniquement plus délicat, du fait de la proximité de l'artère ulnaire.
Les deux interventions sont réalisées sous anesthésie locale, en ambulatoire.
Consulter pour des fourmillements de la main
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Consultez notre guide de préparation →Sur le même sujet — les compressions nerveuses
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Questions fréquentes — Canal carpien ou nerf ulnaire
Réponses du Dr Yannick Roussanne, chirurgien orthopédiste spécialiste du membre supérieur à la Polyclinique Saint-Roch de Montpellier.
Le repère le plus simple est la topographie des fourmillements. Le canal carpien comprime le nerf médian et touche les trois premiers doigts : pouce, index, majeur, ainsi qu'une partie de l'annulaire. Le canal de Guyon comprime le nerf ulnaire et touche les deux derniers doigts : annulaire et auriculaire. D'autres signes orientent : le canal carpien donne surtout des fourmillements nocturnes qui obligent à secouer la main et une maladresse pour les gestes fins, avec dans les formes évoluées une fonte musculaire à la base du pouce. La compression du nerf ulnaire donne plutôt des douleurs du bord interne de la main, une difficulté à écarter les doigts et un aplatissement des espaces entre les métacarpiens sur le dos de la main. L'électroneuromyogramme tranche avec certitude en localisant le siège exact de la compression sur chaque nerf.
Non. Le petit doigt n'est pas innervé par le nerf médian : il dépend du nerf ulnaire. Le nerf médian assure la sensibilité du pouce, de l'index, du majeur et d'une partie de l'annulaire. Le nerf ulnaire assure celle de l'annulaire et de l'auriculaire. Des fourmillements limités au petit doigt orientent donc vers une compression du nerf ulnaire, et non vers un syndrome du canal carpien. Reste à déterminer où le nerf ulnaire est comprimé : au poignet dans le canal de Guyon, ou plus haut au coude. Cette distinction est importante car les compressions au coude sont beaucoup plus fréquentes et relèvent d'une chirurgie différente. Seul l'électroneuromyogramme permet de localiser précisément le niveau de la compression.
Oui, les deux syndromes peuvent coexister chez le même patient, en particulier en cas de pathologie générale comme un diabète ou une hypothyroïdie. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles l'électroneuromyogramme est systématique : il ne se contente pas de confirmer la compression suspectée, il recherche aussi les autres lésions nerveuses associées. Lorsque les deux compressions sont présentes, chacune a sa propre indication et sa propre intervention, le geste n'étant pas le même pour le nerf médian dans le canal carpien et pour le nerf ulnaire dans le canal de Guyon. La stratégie est discutée au cas par cas en consultation, en fonction de la sévérité de chaque atteinte et du retentissement sur votre vie quotidienne.
Le nerf ulnaire peut être comprimé à deux niveaux. Au poignet, dans le canal de Guyon, situé au bord interne entre l'os pisiforme et l'hamulus de l'hamatum. Au coude, dans la gouttière épitrochléo-olécranienne. Les compressions au coude sont beaucoup plus fréquentes que celles au poignet, et elles impliquent une chirurgie différente : neurolyse ou transposition du nerf au coude, ouverture du canal de Guyon au poignet. Les symptômes peuvent se ressembler puisqu'ils concernent les mêmes doigts, d'où l'importance de l'électroneuromyogramme, qui localise précisément le siège de la compression avant toute décision opératoire.
Oui, l'électroneuromyogramme est l'examen de référence dans les deux situations. Il confirme la compression, en localise précisément le siège sur chaque nerf et en quantifie la sévérité en mesurant le ralentissement de la conduction nerveuse. C'est lui qui distingue une compression du nerf médian dans le canal carpien d'une compression du nerf ulnaire, et, pour le nerf ulnaire, une atteinte au poignet d'une atteinte au coude. Il recherche également les lésions nerveuses associées lorsque plusieurs compressions coexistent. Pour le canal de Guyon, des examens d'imagerie complémentaires peuvent s'y ajouter selon le contexte : radiographie à la recherche d'une fracture, échographie ou IRM à la recherche d'un kyste synovial.
Non. La libération du canal carpien consiste à sectionner le ligament annulaire du carpe pour agrandir le canal et décomprimer le nerf médian, par une incision de 2 à 3 cm dans la paume ou par voie endoscopique avec une incision d'un centimètre au poignet. Elle dure habituellement 15 à 30 minutes. La libération du nerf ulnaire au canal de Guyon consiste à ouvrir ce canal par une incision de 2 à 3 cm au bord interne du poignet, et à traiter dans le même temps une éventuelle cause compressive comme un kyste synovial. Elle dure habituellement 20 à 30 minutes et le geste est techniquement plus délicat, en raison de la proximité de l'artère ulnaire et de la complexité anatomique du canal. Les deux interventions sont réalisées sous anesthésie locale, en ambulatoire.
Non, et c'est une différence importante à connaître avant de se décider. Après une libération du canal carpien, les fourmillements et les douleurs nocturnes disparaissent le soir même de l'intervention dans la majorité des cas. La sensibilité de la pulpe des doigts se restaure en deux mois environ et la force de préhension revient vers le troisième mois. Après une libération du nerf ulnaire au canal de Guyon, les troubles sensitifs régressent en quelques semaines mais la force peut mettre plusieurs mois à revenir. Contrairement au canal carpien où la récupération est quasi constante, la compression du nerf ulnaire peut laisser des séquelles sensitives ou motrices lorsqu'elle est ancienne ou sévère. Dans les deux cas, c'est la raison pour laquelle il ne faut pas tarder à consulter devant des symptômes persistants.
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