CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE et TRAUMATOLOGIQUE - MONTPELLIER
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Tendinopathie et pathologies du long biceps
Le Dr Yannick Roussanne et le Dr Laurent Geiss, chirurgiens orthopédistes spécialisés en chirurgie de l'épaule à la Polyclinique Saint-Roch de Montpellier, vous présentent les pathologies du tendon du long biceps : tendinopathie inflammatoire, instabilité et luxation, lésion SLAP et rupture (signe de Popeye), ainsi que leurs traitements.
Anatomie : un tendon qui voyage
Pour raisonner correctement sur le long biceps, il faut remettre en tête une anatomie qui surprend toujours un peu : ce tendon ne commence pas dans le bras. Il remonte jusqu'à l'intérieur de l'épaule et s'insère sur le rebord supérieur de la glène — la cavité de l'omoplate — au niveau d'une structure fibro-cartilagineuse appelée le labrum supérieur.
De là, il emprunte un trajet intra-articulaire dans l'espace gléno-huméral, puis plonge dans une gorge osseuse creusée à la face antérieure de l'humérus : la gouttière bicipitale. Il y est maintenu par un système ligamentaire — principalement le ligament huméral transverse — avant de rejoindre le corps charnu du muscle biceps, qui lui-même s'insère bien plus bas sur le radius, sous le coude.
L'image que j'utilise souvent en consultation : imaginez une corde qui doit coulisser dans une poulie. Si la corde est abîmée, enflée ou déviée, elle frotte, elle grince, elle résiste. C'est exactement ce qui se passe quand le tendon du long biceps est pathologique dans sa gouttière.
→ Comprendre l'anatomie complète de l'épaule
Les présentations cliniques : un spectre, pas une entité
La tendinopathie inflammatoire
C'est la forme la plus fréquente. Le patient signale une douleur antérieure, parfois irradiante dans la loge antérieure du bras, aggravée par les mouvements de flexion du coude contre résistance ou par la rotation externe. À la palpation, la gouttière bicipitale est nettement sensible — un signe simple et rapide qui oriente d'emblée.
Deux tests cliniques classiques viennent confirmer : le test de Speed (flexion de l'épaule contre résistance, coude tendu) et le test de Yergason (rotation externe contre résistance en supination). Leur spécificité n'est pas absolue, mais leur association à une douleur en gouttière a une valeur réelle.
L'instabilité et la luxation du tendon
Moins connue, cette forme mérite qu'on la reconnaisse. Le tendon peut se subluxer ou se luxer hors de sa gouttière, généralement en dedans, sur le tendon du sous-scapulaire. Le patient décrit alors des claquements, des ressauts, parfois une douleur en éclair à certains secteurs de rotation. L'échographie dynamique est ici l'examen de choix : réalisée en rotation interne puis externe, elle peut visualiser le tendon sortir de sa gouttière en temps réel. Ce tableau est presque toujours associé à une lésion du sous-scapulaire, dont il faut impérativement évaluer l'intégrité.
La lésion SLAP
SLAP signifie Superior Labrum Anterior to Posterior — c'est-à-dire une désinsertion du labrum supérieur à son point d'ancrage sur la glène, là précisément où le long biceps prend son origine. Ce type de lésion touche particulièrement les sujets jeunes, sportifs de lancer ou de sports de combat, et les travailleurs qui sollicitent l'épaule au-dessus de la tête. La douleur est souvent profonde, mal localisée, associée à une sensation d'instabilité. L'arthro-IRM (IRM avec injection intra-articulaire) reste l'examen le plus fiable.
La rupture — le signe de Popeye
La rupture du tendon du long biceps est souvent le tableau le plus spectaculaire — et paradoxalement l'un des moins invalidants. Elle survient soit spontanément, souvent sur un tendon déjà dégénéré chez un sujet de plus de cinquante ans, soit lors d'un effort brusque. La déformation est caractéristique : le corps musculaire du biceps descend et forme une bosse ronde dans la partie basse du bras, comme si le muscle avait glissé vers le coude.
Le long biceps et la coiffe : presque toujours liés
Un point essentiel, parce qu'il change l'approche diagnostique et thérapeutique : la pathologie isolée du long biceps est l'exception, pas la règle. Dans la grande majorité des cas opérés, le long biceps est douloureux ou rompu dans le contexte d'une pathologie de la coiffe des rotateurs — rupture partielle ou transfixiante, irritation sous-acromiale chronique.
C'est une relation anatomique et fonctionnelle profonde : le tendon du long biceps partage l'espace articulaire avec les tendons de la coiffe, notamment le sus-épineux et le sous-scapulaire. Quand l'environnement se dégrade, le long biceps en pâtit presque systématiquement. C'est pourquoi un bilan d'épaule ne doit jamais se limiter au seul biceps : il faut explorer la coiffe complète.
→ Pathologies de la coiffe des rotateurs
Le traitement : une décision à graduer
Traitement médical — la base
Dans la grande majorité des tendinopathies bicipitales, le traitement conservateur est la première étape, et souvent suffisant. Il repose sur un repos relatif — l'éviction des activités déclenchantes, pas l'immobilisation totale — sur un programme de rééducation ciblé (travail excentrique progressif, étirements, correction des déséquilibres musculaires) et sur des antalgiques simples. Les résultats sont globalement bons sur six à douze semaines. En cas d'échec, une infiltration de corticoïdes guidée par échographie dans la gaine tendineuse peut aider à passer un cap douloureux.
Chirurgie — ténotomie ou ténodèse
Quand le traitement conservateur échoue, ou d'emblée en cas de rupture chez un sujet jeune ou de lésion SLAP avérée, la chirurgie s'envisage. Deux options dominent :
- La ténotomie : on sectionne simplement le tendon au niveau de sa gouttière. Le tendon rétracte, le biceps descend, et la bosse de Popeye apparaît ou s'accentue. Intervention simple, fiable, à récupération rapide — adaptée aux sujets âgés ou peu concernés par l'aspect du bras.
- La ténodèse : on sectionne le tendon, mais on le réinsère plus bas sur l'humérus. Le muscle conserve sa longueur, la déformation est évitée et la force en supination est mieux préservée. Procédure plus complexe, rééducation plus longue, mais préférable chez les sujets jeunes, actifs, sportifs.
Les deux interventions se pratiquent le plus souvent sous arthroscopie, fréquemment dans le même temps opératoire que la réparation de la coiffe associée.
- Origine du tendon : sur le labrum supérieur de la glène, à l'intérieur même de l'articulation
- Pathologie isolée du long biceps : l'exception — dans la grande majorité des cas, atteinte associée de la coiffe des rotateurs
- Rupture spontanée : surtout après 50 ans, sur un tendon déjà dégénéré
- Perte de force après rupture : seulement 10 à 20 % en flexion du coude (le chef court compense)
- Signe clinique de rupture : la bosse de Popeye — corps musculaire qui descend vers le coude
- Tests cliniques de tendinopathie : Speed et Yergason, associés à la douleur en gouttière
- Luxation du tendon : échographie dynamique = examen de choix ; presque toujours associée à une lésion du sous-scapulaire
- Lésion SLAP : arthro-IRM = examen le plus fiable
- Tendinopathie : bons résultats du traitement conservateur en 6 à 12 semaines
- Chirurgie : ténotomie (simple, récupération rapide) ou ténodèse (préserve force et esthétique), le plus souvent sous arthroscopie
Cette page a une vocation d'information générale et ne remplace pas une consultation médicale. Seul un examen clinique, complété si besoin par une imagerie, permet de poser un diagnostic précis et de vous proposer une prise en charge adaptée à votre situation.
Questions fréquentes — Long biceps
Réponses du Dr Yannick Roussanne, chirurgien orthopédiste spécialiste de l'épaule à la Polyclinique Saint-Roch de Montpellier.
La douleur du long biceps siège typiquement à l'avant de l'épaule, dans la gouttière bicipitale, là où les patients posent spontanément le doigt entre le deltoïde et le pectoral. Elle peut irradier vers la face antérieure du bras et s'aggrave aux mouvements de flexion du coude contre résistance. C'est une douleur précise, mécanique, différente de la douleur sourde et diffuse d'autres atteintes de l'épaule. La palpation de la gouttière la réveille nettement.
Le plus souvent, non : la rupture du long biceps est spectaculaire mais peu invalidante, car le chef court du biceps reste intact et compense largement. La perte de force en flexion du coude n'est que de 10 à 20 % environ, un peu plus marquée pour la supination de l'avant-bras. Chez un sujet âgé ou peu actif, on s'abstient souvent d'opérer. Chez un sujet jeune, sportif ou très attentif à l'aspect de son bras, une chirurgie peut se discuter.
Dans la grande majorité des cas, non : la tendinopathie du long biceps répond bien à un traitement conservateur mené pendant six à douze semaines. Ce traitement associe repos relatif, rééducation ciblée (travail excentrique, étirements) et antalgiques, parfois complétés par une infiltration échoguidée. La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec de ce traitement, ou d'emblée devant une rupture chez un sujet jeune ou une lésion SLAP avérée.
Ce sont les deux gestes chirurgicaux possibles sur le long biceps : la ténotomie sectionne simplement le tendon, la ténodèse le sectionne puis le réinsère plus bas sur l'humérus. La ténotomie est simple, fiable, à récupération rapide, mais laisse apparaître la bosse de Popeye ; elle convient aux patients plus âgés. La ténodèse évite la déformation et préserve mieux la force en supination, au prix d'une rééducation plus longue ; elle est préférée chez les sujets jeunes et actifs.
Oui, étroitement : la pathologie isolée du long biceps est l'exception, et dans la grande majorité des cas il souffre dans le contexte d'une atteinte de la coiffe des rotateurs. Le tendon partage le même espace articulaire que le sus-épineux et le sous-scapulaire, les mêmes contraintes et les mêmes dégradations. C'est pourquoi un bilan ne doit jamais se limiter au biceps : il faut explorer la coiffe complète, par IRM ou arthroscanner, ce qui conditionne souvent la stratégie chirurgicale.
L'examen clinique oriente d'abord, par la palpation de la gouttière et les tests de Speed et de Yergason. L'échographie montre l'épaississement et l'inflammation du tendon ; réalisée en mode dynamique, elle est l'examen de choix pour détecter une luxation du tendon hors de sa gouttière. Pour explorer une lésion SLAP à l'origine du tendon, l'arthro-IRM (IRM avec injection intra-articulaire) reste l'examen le plus fiable. L'IRM ou l'arthroscanner permettent surtout d'évaluer la coiffe associée.
Une lésion SLAP est une désinsertion du labrum supérieur à son point d'ancrage sur la glène, là où le long biceps prend son origine (SLAP = Superior Labrum Anterior to Posterior). Elle touche surtout des sujets jeunes, sportifs de lancer ou de combat, et les métiers sollicitant l'épaule au-dessus de la tête. La douleur est profonde, mal localisée, avec une sensation d'instabilité. Le diagnostic clinique est difficile et s'appuie sur l'arthro-IRM.
Le délai dépend du geste réalisé et des lésions associées. Après une ténotomie isolée, la récupération est rapide, en quelques semaines. Après une ténodèse, la rééducation est plus longue car la réinsertion doit cicatriser. Mais le plus souvent, le geste sur le biceps est associé à une réparation de la coiffe : c'est alors le calendrier de la coiffe qui commande, avec une immobilisation de quatre à six semaines et une récupération fonctionnelle sur plusieurs mois.
Prenez rendez-vous avec le Dr Roussanne ou le Dr Geiss pour un bilan personnalisé.
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