CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE et TRAUMATOLOGIQUE - MONTPELLIER
CHIRURGIE OSSEUSE ET ARTICULAIRE - CHIRURGIE PROTHÉTIQUE - CHIRURGIE ARTHROSCOPIQUE - CHIRURGIE DU SPORT
Fracture de la glène après une luxation de l'épaule
Une luxation de l'épaule arrache parfois un fragment osseux du rebord de la glène. Cette page explique ce qu'est cette fracture, comment nous l'évaluons sur les examens, dans quels cas elle s'opère et dans quels cas elle se traite sans chirurgie, et quels sont les délais d'immobilisation et de récupération. Elle s'adresse aux patients pris en charge à la Polyclinique Saint-Roch de Montpellier.
Qu'est-ce qu'une fracture de la glène ?
La glène est la petite surface articulaire de l'omoplate sur laquelle repose la tête de l'humérus. Lors d'une luxation antérieure, la tête humérale sort de sa cavité et heurte violemment le rebord osseux de la glène : elle peut en arracher un fragment. C'est ce qu'on appelle une fracture du rebord glénoïdien, ou bony Bankart dans la littérature chirurgicale.
Ce n'est pas une complication rare. Dans la littérature internationale, une fracture du rebord est retrouvée jusque dans 22 % des premières luxations antérieures de l'épaule. Elle accompagne souvent une lésion de Bankart, c'est-à-dire le décollement du bourrelet glénoïdien, puisque ce bourrelet reste attaché au fragment osseux.
Quand une partie du rebord manque, la glène perd de sa surface portante et l'épaule perd de sa butée naturelle. C'est ce qui explique le risque de récidive de luxation : il ne dépend pas seulement des ligaments, mais aussi de l'os.
Le bilan : ce que nous regardons sur les images
La radiographie de face fait le diagnostic et montre la perte du contour inférieur de la glène. Le scanner reste l'examen de référence : il mesure la taille du fragment, son déplacement, et surtout il montre la position de la tête humérale après réduction.
Trois éléments orientent ensuite la décision.
- La tête humérale est-elle recentrée ? C'est l'élément le plus important, avant même la taille du fragment. Une tête bien centrée sur la glène après réduction change complètement le pronostic.
- Quelle est la taille du fragment ? Elle s'exprime en pourcentage de la surface de la glène, et elle pèse sur le choix de la technique.
- Existe-t-il une lésion associée de la tête humérale ? L'encoche de Hill-Sachs, enfoncement de la tête contre le rebord glénoïdien, s'associe très souvent à la lésion osseuse de la glène : on parle alors de lésion bipolaire. Les deux lésions ne s'analysent pas séparément, car c'est leur combinaison qui détermine le risque que l'épaule se reluxe.
Chez le sujet âgé : penser à la coiffe des rotateurs
C'est un point sur lequel nous insistons. Lorsqu'une luxation avec fracture de la glène survient chez une personne âgée, il faut systématiquement rechercher une lésion associée de la coiffe des rotateurs. Après 60 ans, les tendons sont fragilisés et la luxation peut les rompre en même temps qu'elle fracture le rebord osseux.
Cette association change la prise en charge. Une épaule qui reste douloureuse, qui ne récupère pas sa force ou son élévation active dans les semaines qui suivent la réduction, doit faire rechercher une rupture tendineuse — et pas seulement être attribuée à la fracture.
Faut-il opérer ?
Contrairement à une idée répandue, la taille du fragment ne décide pas à elle seule. Le critère déterminant est le recentrage de la tête humérale après réduction de la luxation.
Les séries publiées sur ce point sont concordantes. Des fractures larges et déplacées du rebord glénoïdien, traitées sans chirurgie parce que l'articulation était bien centrée après réduction, consolident et donnent de bons résultats à long terme : dans une série suivie neuf ans, tous les fragments avaient consolidé, avec un seul cas d'instabilité récidivante et 90 % de patients satisfaits. Une autre série montre que les rares récidives surviennent dans les deux premières semaines, et qu'au-delà, ni la taille du fragment ni son déplacement ne prédisent le résultat.
Cela ne veut pas dire qu'on n'opère jamais. Cela veut dire que la décision se construit sur plusieurs éléments :
- Le recentrage de la tête sur l'imagerie après réduction.
- La perte osseuse de la glène. Le seuil classiquement retenu se situe entre 20 et 25 % de la surface glénoïdienne : au-delà, une réparation des parties molles seule ne suffit plus et une reconstruction osseuse est nécessaire. Des travaux plus récents proposent des seuils plus bas, autour de 13 à 15 %, à partir desquels le résultat fonctionnel se dégrade même sans récidive. Ces seuils restent discutés, car l'effet d'une perte osseuse dépend aussi de la forme naturelle de la glène, qui varie d'un patient à l'autre.
- La lésion bipolaire, c'est-à-dire l'association avec une encoche de Hill-Sachs, qui peut faire pencher vers une reconstruction osseuse même pour une perte glénoïdienne modérée.
- Le délai depuis l'accident, qui conditionne la faisabilité d'une réparation du fragment.
- Le patient lui-même : son âge, son métier, sa demande sportive, son niveau d'exigence.
Les techniques chirurgicales
Quand l'indication opératoire est retenue, la technique dépend de la taille du fragment et du délai depuis le traumatisme.
Petit fragment : réparation sous arthroscopie
Lorsque le fragment est petit et s'accompagne d'une lésion de Bankart, nous réalisons une réparation de Bankart sous arthroscopie. En réinsérant le bourrelet glénoïdien, on réduit du même geste le fragment osseux qui lui reste attaché, et celui-ci consolide en place. L'intervention est mini-invasive, réalisée par caméra, sans ouverture de l'articulation.
Fragment volumineux et lésion récente : fixation à ciel ouvert
Lorsque le fragment est volumineux et que la lésion est récente, la réparation se fait à ciel ouvert, par une voie d'abord qui permet de réduire le fragment et de le fixer solidement.
Fragment volumineux et lésion ancienne : butée coracoïdienne
Au-delà d'un délai de 4 à 6 semaines, le fragment n'est plus réparable dans de bonnes conditions. Nous préférons alors attendre, laisser l'épaule récupérer, et envisager dans un second temps une butée coracoïdienne de type Latarjet, qui reconstruit le rebord osseux manquant avec un fragment prélevé sur la coracoïde. Cette butée est fixée soit par endobouton, soit par vis.
Combien de temps ? Immobilisation et rééducation
Les délais diffèrent nettement selon qu'on opère ou non.
- Sans chirurgieImmobilisation 4 à 6 semaines, le temps que le fragment consolide. La rééducation débute ensuite, à la fin de cette période.
- Après chirurgieAttelle 3 semaines seulement. La mobilisation est volontairement précoce et la rééducation commence dès la troisième semaine.
Cette différence surprend souvent les patients : on immobilise moins longtemps quand on a opéré. C'est logique, car la fixation chirurgicale tient le fragment en place et autorise une mobilisation rapide, alors qu'un traitement sans chirurgie repose entièrement sur l'immobilisation pour obtenir la consolidation.
- Immobilisation sans chirurgie : 4 à 6 semaines.
- Immobilisation après chirurgie : 3 semaines d'attelle.
- Début de la rééducation : à 4-6 semaines sans chirurgie, dès 3 semaines après chirurgie.
- Délai au-delà duquel le fragment n'est plus fixé : 4 à 6 semaines après l'accident.
- Seuil de perte osseuse classiquement retenu : 20 à 25 % de la surface de la glène.
- Fracture du rebord retrouvée dans : jusqu'à 22 % des premières luxations.
Pour la reprise du travail, il n'y a pas de délai unique : tout dépend du poste. Un travail de bureau se reprend bien plus tôt qu'un métier de force ou un poste exigeant un travail bras au-dessus de l'horizontale.
Pour la reprise du sport, le délai dépend du sport pratiqué et surtout de la récupération obtenue. Nous ne fixons pas de date à l'avance : la reprise est autorisée quand la mobilité, la force et la confiance dans l'épaule le permettent.
Comment ça évolue
Il faut le dire clairement : l'évolution est souvent longue. L'épaule reste volontiers raide pendant plusieurs mois, et la récupération demande de la patience et une rééducation suivie.
Des séquelles sont possibles. Une raideur résiduelle et des douleurs peuvent persister. Une arthrose de l'épaule peut se développer à distance de l'accident : dans la série suivie neuf ans citée plus haut, une arthrose radiographique était apparue chez environ un quart des patients, le plus souvent de grade léger et sans retentissement sur la fonction.
Ce n'est pas une raison de s'inquiéter outre mesure, mais c'est une raison de ne pas sous-estimer la blessure et de suivre la rééducation jusqu'au bout.
Information médicale grand public. Conformément à la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé (loi Kouchner), les informations présentées sur cette page ont une vocation pédagogique et ne se substituent en aucun cas à une consultation médicale. Seul un examen clinique réalisé par un chirurgien orthopédiste permet d'établir un diagnostic et de proposer une prise en charge adaptée à votre situation personnelle.
En cas d'urgence — fracture évidente, plaie ouverte, déformation, déficit neurologique, fièvre — composez le 15 (SAMU) ou présentez-vous aux urgences de la Polyclinique Saint-Roch — 04 67 61 88 00.
Sur le même sujet — l'épaule
Questions fréquentes — Fracture de la glène
Réponses du Dr Yannick Roussanne, chirurgien orthopédiste spécialiste de l'épaule à la Polyclinique Saint-Roch de Montpellier.
Lorsque la fracture n'est pas opérée, l'immobilisation dure 4 à 6 semaines, le temps que le fragment osseux consolide. Lorsqu'elle est opérée, l'immobilisation est plus courte : une attelle pendant 3 semaines seulement, car la fixation chirurgicale tient le fragment et permet une mobilisation précoce.
Non. Le critère le plus important n'est pas la taille du fragment mais le recentrage de la tête humérale après réduction de la luxation. Des fractures larges et déplacées peuvent consolider sans chirurgie et donner de bons résultats à long terme lorsque l'articulation est bien centrée. La décision tient compte du recentrage, de la perte osseuse, d'une éventuelle lésion associée de la tête humérale, du délai depuis l'accident, de l'âge et de la demande sportive.
Sans chirurgie, la rééducation débute à la fin de la période d'immobilisation, soit entre 4 et 6 semaines. Après chirurgie, elle commence beaucoup plus tôt, dès la troisième semaine, car la mobilisation précoce fait partie du protocole.
Un petit fragment accompagné d'une lésion de Bankart se traite sous arthroscopie : en réinsérant le bourrelet glénoïdien, on réduit le fragment qui lui reste attaché et il consolide en place. Un fragment volumineux et récent se fixe à ciel ouvert. Si le délai dépasse 4 à 6 semaines, le fragment n'est plus réparable dans de bonnes conditions et une butée coracoïdienne est envisagée dans un second temps, fixée par endobouton ou par vis.
Au-delà de 4 à 6 semaines après l'accident, le fragment osseux ne se répare plus dans de bonnes conditions. La stratégie change alors : on laisse l'épaule récupérer, puis on envisage dans un second temps une reconstruction osseuse par butée coracoïdienne. Le délai depuis le traumatisme compte donc autant que l'anatomie de la lésion.
Il n'existe pas de délai unique. La reprise du travail dépend du poste occupé : un travail de bureau se reprend bien plus tôt qu'un métier de force ou un poste exigeant de travailler bras au-dessus de l'horizontale. La reprise du sport dépend du sport pratiqué et surtout de la récupération obtenue en mobilité, en force et en confiance dans l'épaule.
Oui. L'évolution est souvent longue et l'épaule reste volontiers raide plusieurs mois. Une raideur résiduelle et des douleurs peuvent persister, et une arthrose de l'épaule peut se développer à distance de l'accident. Dans les séries publiées avec un recul de neuf ans, une arthrose radiographique apparaît chez environ un quart des patients, le plus souvent de grade léger et sans retentissement fonctionnel.
Parce qu'après 60 ans, une luxation de l'épaule peut rompre la coiffe des rotateurs en même temps qu'elle fracture le rebord de la glène. Une épaule réduite qui reste douloureuse ou qui ne lève plus activement le bras ne doit pas être considérée comme simplement raide : une lésion tendineuse doit être recherchée par l'imagerie.
Prenez rendez-vous avec le Dr Roussanne pour un bilan personnalisé.
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